Table ronde

Dimanche 25 octobre

15h, collégiale de St-Ursanne

Table ronde

Entrée libre

 

Jaque Besançon, un organier natif de St-Ursanne

Que sait-on sur la Jaque Besançon et sa facture ? Quelle est la place de son instrument de St-Ursanne dans le paysage organistique  ? Comment restaurer un orgue ?

 

Bertrand Cattiaux est facteur d’orgue, Christian Lutz est technicien-conseil. Ensemble, ils ont travaillé à la restauration de l’orgue en

2003-2004. Ils ont également mené dernièrement la  restauration du grand orgue de la cathédrale Notre-Dame à Paris.

Cette table ronde s’adresse à tous les intéressés et sera l’occasion d’un échange qui ne concernera pas forcément les  spécialistes !

 

Avant la Révolution française, les facteurs d’orgues se fixaient souvent dans les capitales épiscopales, où les nombreux couvents groupés autour d’une cathédrale étaient autant de clients potentiels. Sur la rive gauche de la haute vallée du Rhin, la ville de Strasbourg attira des facteurs aussi prestigieux que les Silbermann. La ville de Bâle ne put exercer la même attraction, en raison de la Réforme qui avait chassé son évêque à Porrentruy et son chapitre à Fribourg-en-Brisgau puis à Arlesheim. C’est pourquoi les facteurs d’orgues désireux de travailler dans l’évêché de Bâle, qui incluait alors toute la moitié sud de l’Alsace (actuel département du Haut-Rhin), se fixèrent tantôt dans le Jura suisse, à Porrentruy ou à Saint-Ursanne, et tantôt dans des villes alsaciennes, comme Ammerschwihr, Ensisheim ou Kaysersberg.

Vers 1700, Joseph Valtrin (1679-1747), fils de Charles, un facteur d’orgues vosgien, s’installa à Porrentruy. Il vint dès 1703 à Saint-Ursanne pour y transformer l’orgue de la collégiale. Son fils Jean-Baptiste (1708-1753) épousa une fille native et bourgeoise de Montfaucon. Il habita à Ensisheim avant de demander la bourgeoisie de Saint-Ursanne en 1750. Il travailla à deux reprises à l’orgue de la collégiale : en 1739, et en 1749-1750. A cette occasion, il s’établit momentanément (durant neuf mois) dans la cité des bords du Doubs. C’est à cette occasion que Jean-Baptiste Valtrin (ou Waltrin)  engagea très probablement Louis Dubois (1726-1766), natif de Montfaucon (Jura suisse), ainsi que le jeune Jean-Jacque  (ou Jaque) Besançon (1735-1811), natif du lieu et alors âgé d’environ 14 ans. Les Valtrin n’avaient semble-t-il pas une très bonne réputation quant à la qualité de leur travail. On comprend bien que leurs deux ouvriers jurassiens les surpassèrent rapidement et partirent pour l’Alsace. Dubois repris la succession de Valtrin avant de s’établir à Ammerschwihr. Besançon travailla successivement pour Valtrin et pour Dubois, avant de s’établir à son compte en 1760 à Kaysersberg.  Il acquit en Alsace, tout comme son compagnon Dubois, une solide réputation, passant même pour le meilleur organier de sa région. C’est probablement pour cette raison que les chanoines de Saint-Ursanne le firent venir en 1774 pour reconstruire l’orgue de sa ville natale, dans deux buffets neufs. Il quitta donc définitivement l’Alsace où il s’était rendu célèbre, pour « rentrer chez lui » et reconstruire l’instrument sur lequel il avait fait ses premières armes. Le contrat initial consistait à récupérer une bonne partie de l’orgue ancien, mais il fut suivi d’un contrat complémentaire pour un orgue neuf. Toutefois, Besançon récupéra quelques tuyaux de l’orgue des Valtrin. A l’issue de ce chantier achevé en 1776, Besançon resta définitivement à Saint-Ursanne. Il se maria avec Marie Barbe Quailain au printemps 1777 et devint veuf sept ans plus tard, sans enfants. Il décéda lui-même en 1811. Son dernier orgue date précisément de 1784, et donc durant plus d’un quart de siècle il n’édifia plus aucun instrument. Pour quelles raisons ? La tristesse du veuvage ? On peut aussi penser que les troupes françaises, qui occupèrent le Nord du Jura en 1792 ne laissèrent que peu de place à la pratique des cultes et à la tranquillité et à la prospérité nécessaires à toute activité artistique ou artisanale. Après St-Ursanne, Besançon construisit encore les orgues de Maîche, Ferrette ( ?) , St-Hippolyte ( ?)  et de Bienne (Stadtkirche).

Si il y a eu durant 9 mois un atelier provisoire Valtrin à St-Ursanne, Besançon, en s’établissant en 1774, a bien dû avoir son atelier !