Le Banquet Céleste -Cantates de J.S. Bach

Un hiver avec J.S. Bach, concert no 1

 

Porrentruy, Église des Jésuites

Dimanche 19 novembre 2023, 17h

 

25/35/40 CHF (Euros acceptés)
Moins de 16 ans: gratuit
AVS: 5 CHF de rabais
AI, étudiants et apprentis: moitié prix
Carte Culture: moitié prix
Ouverture des caisses 60 minutes avant l’heure du concert

 

Réservations fermées, places toutes catégories disponibles à l’accueil dès 16h

 

Ensemble Le Banquet Céleste

 

Trinitatis  (extrait sonore ici)

Cantates de J.S. Bach

 

Toccata en ré mineur BWV 565
Cantate « Wer sich selbst erhöhet …» BWV 47
Cantate « O ewigkeit du Donnerwort » BWV 60
Partite diverse sopra « Ach was soll ich Sünder machen » BWV 770
Cantate « Jesu, der du meine Seele » BWV 78

 

« L’interprétation qu’en offrent les musiciens est ici d’un équilibre et d’une perfection de style confondants de beauté …» Res  Musica

« Damien Guillon, dont on admire la voix fluide au tissu précieux, la diction claire, le sens du drame, offre encore un enregistrement de haut vol. Il a choisi des invités qu’on admire aussi : le ténor Thomas Hobbs, le baryton-basse Benoît Arnould et sa complice de toujours, la soprano Celine Scheen, tous parfaits. » Christine Ducq, Forum Opéra

 

Damien GUILLON Contre-ténor & direction
Céline SCHEEN Soprano
Thomas HOBBS Ténor
Benoît ARNOULD Baryton
Marie ROUQUIE Violon 1
Simon Pierre Violon 2
Deirdre DOWLING Alto
Julien BARRE Violoncelle*
Michael CHANU Contrebasse*
Jean BREGNAC Flûte
Irene DEL BUSTO RIO Hautbois
Nathalie PETITBON Hautbois
Mélanie FLAHAUT Basson
Kevin MANENT-NAVRATIL Clavecin & Orgue*
* Continuo

Gabriel WOLFER Grand Orgue

 

 

Damien Guillon rassemble des musiciens pour des programmes dont l’effectif varie en fonction des propositions artistiques. « J’aime l’idée de faire de la musique ensemble, être présent pour fédérer des artistes autour d’un projet. J’essaie de guider les musiciens afin qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes, en puisant dans ma propre expérience. » Une approche singulière, véritable signature du Banquet Céleste.

Damien Guillon a entamé depuis 10 ans la (re)découverte des Cantates de J.S. Bach.
Trinitatis se consacre à trois cantates « du temps de la Trinité » pour lesquelles le Banquet Céleste revient avec ses plus fidèles interprètes. Trois œuvres très différentes dans lesquelles Bach exprime de manières différentes cette sensibilité évocatrice exceptionnelle que suscite chez lui les sujets de l’Évangile.
Parution discographique chez Alpha Classics en mars 2023.

La cantate « Wer sich selbst erhöhet, der soll erniedriget werden » (Quiconque s’élève sera abaissé) BWV 47 commente le double enseignement de l’évangile de ce dimanche, la guérison d’un malade le jour du sabbat et la place choisie par les convives. Le livret exhorte à l’humilité enseignée par le Christ, car elle est pour le chrétien une façon de se mettre à l’imitation du Rédempteur. Il convient par conséquent de prier Dieu pour qu’il aide le fidèle à maudire l’orgueil en cultivant la modestie et le dédain des vanités du monde terrestre. La construction de l’œuvre est très simple, en une arche parfaitement symétrique : autour d’un récitatif, chœur et aria de part et d’autre. Le grand chœur d’entrée propose une forte antithèse comme les aime Bach. Amplement développé, il met en œuvre le concert de l’ensemble instrumental qui soutient les voix, en style de motet. Une introduction purement instrumentale s’ouvre par un motif de déploration. Après quoi, le dialogue concertant énonce des éléments de la fugue vocale qui constitue l’essentiel du morceau. Cette fugue se déroule en deux sections, exposition et réexposition séparées par un intermède. L’exposition énonce les deux segments de phrase de la citation évangélique, le premier (« Quiconque s’élève sera abaissé ») comme sujet, ascendant puis descendant, le second (« Quiconque s’abaisse sera élevé ») comme contre-sujet, descendant puis ascendant. Au récitatif central d’assumer l’essentiel de l’enseignement de la prédication, en lançant l’anathème sur l’orgueil qui corrompt la nature misérable de l’homme. Ce récitatif pathétique confié à la basse, vox Christi, s’ouvre par la célèbre formule « L’homme n’est que boue, poussière, cendre et terre », que l’on trouve déjà chez Thomas d’Aquin et plus tard sur de nombreuses pierres tombales de l’époque baroque. Moment de grande âpreté, abrupt, atteignant parfois la violence pour fustiger la vanité de l’orgueil de l’homme, créature éphémère et misérable, et l’inciter à suivre les voies du Christ.

 

C’est d’une sorte de scène d’opéra dont se nourrit la cantate « O Ewigkeit, du Donnerwort » (Ô éternité, toi, parole foudroyante !) BWV 60. Ce genre de scènes n’est pas rare dans l’œuvre de Bach, qui prend soin ici de sous- titrer son œuvre « Dialogue entre la Crainte et l’Espérance ». Il s’agit une fois encore d’une méditation sur la mort, que se partagent les deux allégories, la crainte des derniers moments et l’espérance d’une vie future bien- heureuse. Selon la symbolique qui lui est chère, la Crainte s’exprime par la voix d’alto, et l’Espérance par le ténor. Trois morceaux seulement, encadrés par un verset de choral au début et à la fin. Un admirable récitatif, d’abord, où la longue vocalise de l’Espé- rance vient dissiper les chromatismes de la Crainte. Dans l’air suivant, les deux allégories traduisent les tourments intérieurs de l’âme humaine divisée en elle-même. Enfin, le second récitatif fait entendre, pour apaiser la Crainte, non plus l’allégorie de l’Espérance, mais la voix de l’Esprit Saint, une basse, donc, énonçant les paroles rapportées par l’évangéliste Jean dans l’Apocalypse : « Heureux les morts dans le Seigneur, dès à présent ! », chaque fois répétée avec une insistance crois- sante. Le dialogue pourra donc se conclure sur la voix de la Crainte enfin gagnée par l’espérance et apaisée par les paroles du Sauveur. Bien des musiciens ont invoqué ce texte de l’Apocalypse, ici brièvement cité – mais avec quelle efficacité ! Qu’il suffise de citer le Requiem, ou Musicalische Exequien, de Heinrich Schütz, et le chœur final du Deutsches Requiem de Brahms.

 

Le livret de « Jesu, der du meine Seele »  (Jésus, toi qui par ta mort amère) BWV 78 s’attache aux deux lectures du jour, épître et évangile. Dans l’épître, Paul exhorte les chrétiens à vivre selon l’esprit et à pratiquer la miséricorde : « Portez les fardeaux les uns des autres ! ». Ces fardeaux, seul le Christ peut en décharger ceux qui croient en lui. La première strophe du choral, substance du chœur d’introduction, le dit d’emblée : le Christ est le refuge du chrétien, c’est vers lui que s’empressent les fidèles, dans l’un des plus délicieux duettos à l’italienne qu’ait jamais écrits Bach. Les deux fidèles qu’incarnent les deux solistes, soprano et alto, progressent en canon et se rejoignent en mouvements parallèles de tierces ou de sixtes. C’est bien là l’image du désir de marcher dans une même voie. Mais le chrétien peut-il encore espérer, lui qui souffre des tourments de ses fautes ? Oui, lui est-il répondu, par sa Passion, par son sang répandu, par la mort vaincue, le Christ le sauve du péché et de la mort. Et la méditation, qui a fait passer du désespoir et de l’abattement à l’espérance, peut s’achever avec la dernière phrase du choral par une prière confiante au Christ pour demeurer courageux et fort face au mal. Aux airs est confié le cheminement intérieur du chrétien, depuis la quête du secours divin jusqu’à la consolation, dans l’espérance de voir sa conscience enfin apaisée par le rachat de ses fautes. Mais entre les airs, les deux récitatifs tourmentés reviennent sur la souffrance du pécheur. Bach a voulu donner la plus grande solennité, la plus grande force spirituelle à cette première strophe du cantique, si importante pour un chrétien puisque rappelant le sacrifice salvateur du Christ. Et avec ce lamento, il a créé un chef-d’œuvre, sur un douloureux motif obstiné.

 

Gilles Cantagrel