Buxtehude, Membra Jesu

Porrentruy, Église des Jésuites

Dimanche 02 avril 2023, 17h

 

Ensemble Correspondances

10 chanteurs et 10 instrumentistes, sous la direction de Sébastien Daucé

 

Dietrich Buxtehude

Membra Jesu nostri
Klag-Lied
Herzlich lieb hab ich dich, o Herr
Mit Fried und Freud ich fahr dahin

Heinrich Schütz

Erbarm dich mein, o Herre Gott

 

 

Musikzen, avril 2021
« L’Ensemble Correspondances entre dans ces cantates à pas feutrés, comme s’il était intimidé d’aborder cette musique contemplative, et il les magnifie avec une rare délicatesse. Petit nombre de chanteurs, voix splendides, accompagnement en dentelle, tout accentue le caractère intérieur de cette musique, interprétée en couleur et en douceur. […] avec le même raffinement et la même limpidité sans perdre en densité ni en ferveur. »

Deutsche Grammophon, mai 2021
« La chose la plus remarquable à propos de cette interprétation exceptionnelle, c’est l’intensité et l’intimité mises en valeur par les membres de l’Ensemble Correspondances sous la direction de Sébastien Daucé. […] L’interprétation est remarquable par la transparence des textures et la pureté du son, l’écriture polyphonique rendue avec une clarté impressionnante. »

L’Ensemble Correspondances a reçu le Choc de Classica pour l’enregistrement de ce programme.

 

La musique du XVIIe siècle se distingue par une fièvre de nouveauté et d’expérimentation, dont l’audace ne cesse d’impressionner les mélomanes de notre temps. Les années 1600 virent éclore une foison de genres nouveaux qui allaient marquer les décennies et même les siècles suivants. De chaque côté du Rhin, de nouvelles formes de spiritualité et de cérémonial vont émerger et forger de nouveaux codes, notamment à travers la musique. Les pratiques religieuses domestiques vont également évoluer. Le rite protestant va se concentrer sur une forme d’austérité pour favoriser la concentration sur les écritures seules.
Parmi les trésors du fonds Düben – cet ensemble de partitions collectées, sous forme manuscrite ou imprimée, par le maître de chapelle du roi de Suède Gustav Düben –, la bibliothèque de l’université d’Uppsala conserve l’autographe d’un cycle de sept cantates de la Passion qui, sous la plume de Dietrich Buxtehude, organiste à l’église Sainte-Marie (Marienkirche) de Lübeck, porte le titre Membra Jesu nostri : les Membres de Notre Seigneur. C’est durant l’année 1680 que Buxtehude écrit ce cycle pour le temps pascal, dédié à son « vénérable ami » Gustav Düben.
Tout laisse à penser que l’attention de Gustav Düben s’est portée sur l’oeuvre vocale du jeune Buxtehude dès son entrée en fonction à Lübeck. Au fil des années, le compositeur écrivit plus d’une centaine de cantates, devenant ainsi le musicien le plus représenté dans le répertoire du maître de chapelle suédois. Pour un peu, cette prédominance hors du commun pourrait donner l’impression que, dans les années 1670 et 1680, Buxtehude endossait de manière non officielle les habits d’un compositeur de cour suédois – preuve s’il en est que son oeuvre avait acquis une réputation flatteuse bien au-delà des frontières de la région où il exerçait.
À l’époque mentionnée dans la dédicace, le compositeur était au faîte de sa gloire. En 1668, il fut lui-même nommé organiste à la Marienkirche de Lübeck – l’une des charges de musicien d’église les plus importantes de toute l’Allemagne du Nord. Il ne tarda pas à connaître un certain succès en organisant, chaque année durant la période de l’Avent, cinq soirées de musique spirituelle, qui se tenaient le dimanche en fin d’après-midi, hors de tout contexte liturgique. Ces “concerts vespéraux” (Abendmusiken) lui donnèrent parfois l’occasion de présenter des oratorios d’une certaine ampleur, même s’il était plus habituel d’y entendre un assortiment de pièces instrumentales, de cantiques, de psaumes mis en musique et d’oeuvres assimilables au genre de la cantate.
Le cycle de sept cantates des Membra Jesu nostri forme, tant du point de vue textuel que stylistique, une oeuvre d’art, dont la qualité et la singularité n’ont été que rarement honorées à leur juste mesure. La colonne vertébrale de cet ensemble (l’élément assurant la jonction entre ces sept cantates) est constituée par les strophes de l’hymne médiéval Salve mundi salutare (Je te salue, Sauveur du monde) – autant de méditations imprégnées d’un ardent mysticisme, qui évoquent tour à tour les membres suppliciés du Christ sur la croix.
Le cycle de Buxtehude formant la partie centrale de ce programme est ici complété par un certain nombre de concerts spirituels, qui évoquent la fugacité de la vie terrestre, dont le Klag-Lied, une magnifique élégie composée par Buxtehude pour la mort de son père. Longtemps délaissée, la musique vocale écrite en Allemagne du Nord entre Schütz et Bach se révèle une mine inépuisable de trésors – autant de partitions finement ciselées, d’une étonnante vigueur expressive, qui n’ont guère perdu de leur pouvoir de fascination sur les auditeurs. La fusion alchimique de l’ancien et du neuf a engendré un langage musical à la beauté austère, qui nous émeut encore aujourd’hui.